Une tribune à l’Humanité

L’Humanité vient d’éditer un numéro hors-série consacré aux élections européennes. Ses 84 pages bourrées d’informations ressemblent à s’y méprendre à cet autre numéro hors-série que le quotidien du Parti communiste avait consacré, en 2005, au traité constitutionnel européen. À l’époque, ce document avait été un précieux outil de la campagne du « non » de gauche. Dans la livraison présente, on découvrira notamment le décryptage fort utile du traité de Lisbonne, ainsi que des points de vue fort divers et des analyses de l’enjeu majeur du scrutin du 7 juin. Souhaitons que cet excellent outil ait une portée aussi forte que le hors-série d’il y a quatre ans. Aux côtés d’autres acteurs et actrices engagés dans le Front de gauche, j’y ai donné la contribution ci-dessous.

La crise mondiale du capitalisme représente un tournant historique majeur. Ses conséquences économiques et sociales commencent à se concrétiser à l’échelle internationale. Le système financier affiche toujours sa totale instabilité. Les banques continuent à égrener leurs pertes, tout en étalant les rémunérations insolentes de leurs dirigeants. En Europe, des pans entiers de l’industrie sont menacés au prix de millions d’emplois sacrifiés. Les prétendus « plans de relance » des gouvernements européens reviennent à faire payer la crise aux populations.

On devine déjà les conséquences politiques de ce séisme. Les tensions entre grandes puissances – États-Unis, Europe, Russie, Chine… – peuvent dégénérer en barbaries guerrières. Les régimes politiques se durcissent et nos conquêtes démocratiques sont progressivement démantelées. Des basculements autoritaires deviennent possibles.
C’est dans ce contexte que les élections européennes du 7 juin prochain s’annoncent décisives. Elles offrent la première opportunité de traduire politiquement, à l’échelle continentale, les attentes et aspirations profondes des classes populaires. Si n’apparaît pas une réponse à la hauteur du choc en cours, le risque est grand que des droites dures, défendant des politiques xénophobes et réactionnaires, n’hésitant pas à s’allier parfois à l’extrême droite, comme le fait Berlusconi en Italie, ne tirent les marrons du feu. En France, bien que sans cesse désavouée par les urnes et par la rue, la droite sarkozyenne espère ainsi profiter du vide politique à gauche pour accélérer la mise en œuvre de ses contre-réformes libérales.

Deux options se confrontent à gauche. Ou tenter de « réguler le capitalisme », en cherchant une impossible contre-partie sociale et écologique au règne de la concurrence libre et non faussée. C’est la perspective que défend le Parti socialiste européen dans son Manifesto. C’est celle que Martine Aubry relaie en France, en préconisant l’entrée en vigueur rapide du traité de Lisbonne. Ou engager une politique de rupture antilibérale et anticapitaliste, qui ne se dérobe à la confrontation avec les puissances d’argent et s’appuie sur la mobilisation sociale. Une politique qui porte le fer au cœur des logiques de rentabilité responsables du désastre actuel, s’attelle à une redistribution radicale des richesses, constitue un pôle bancaire public à l’échelle européenne, supprime stocks-options, parachutes dorées et autres bonus, impose un vrai salaire minimum européen. Une politique qui impose également l’interdiction des licenciements dans les entreprises faisant des profits, qui développe les droits des salariés dans les entreprises, avec notamment l’instauration d’un droit de veto des organisations de salariés sur les plans sociaux, qui vise à développer de véritables services publics européens, qui réponse d’un même mouvement à l’urgence sociale et à l’urgence écologique.

La nécessité d’une nouvelle gauche, qui se rassemble pour conquérir une majorité au sein de la gauche, est un besoin urgent sur tout le continent. Elle s’exprime dans les mobilisations sociales d’Irlande, de France, on l’a encore vu le 19 mars, de Grèce… Elle est portée, dans plusieurs pays, par des forces comme Die Linke en Allemagne, la coalition Syriza de Grèce, le Bloc de gauche au Portugal…

En France, le Front de gauche, constitué du Parti communiste, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire, a pour vocation de rassembler largement les acteurs des mobilisations, toutes celles et tous ceux qui cherchent une véritable alternative de rupture avec le capitalisme et le libéralisme. C’est la raison pour laquelle, en ce qui nous concerne, nous ne pouvions accepter l’attitude de repli de la direction du Nouveau Parti anticapitaliste. Jusqu’au dernier instant, nous ne renoncerons pas à l’élargir encore et interpellerons à cette fin nos camarades du NPA, de la gauche alternative, des écologistes antilibéraux.

Toutes les forces sont nécessaires. Le Front de gauche peut représenter un point de départ pour que change la donne à gauche et dans le pays. Il lui faut à présent s’enraciner dans les quartiers, les entreprises, les universités, grâce à des comités de campagne ouverts à tous.

Ensemble, nous pouvons devenir une force qui compte.

Christian_Picquet

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