“Parfum de Front populaire” à Marseille

Superbe meeting sur les retraites, aux Docks des Suds de Marseille, le 7 juin dernier. 1200 personnes ! Le plus gros et le plus marquant de tous ceux qui se sont déjà tenus depuis un mois. Je n’avais pas encore pris le temps d’en rendre compte ici, pris par la préparation du « sommet » du Front de gauche et par mes déplacements en divers points du territoire (ce jeudi 10, j’étais ainsi à Lorent, pour appuyer les efforts de la sympathique équipe de la Gauche unitaire du Morbihan, ce qui m’aura donné le plaisir de retrouver une vieille amie, Annick Monot, qui était la tête de liste départementale de la liste se réclamant du Front de gauche, lors des régionales en Bretagne).

À Marseille, la chaleur de la combativité était au rendez-vous, c’est une tradition pour cette capitale de la mobilisation populaire qu’est la cité phocéenne, mais c’est la qualité du plateau unitaire qui frappait. Outre les orateurs nationaux parmi lesquels je figurais (aux côtés de Marie-George Buffet, Marie-Noëlle Lienemann, Alain Lipietz, Olivier Besancenot, Jean-Marie Harribey, Willy Pelletier, Pierre Khalfa, Jean-Baptiste Prévost), étaient présents les principaux dirigeants de toutes les organisations syndicales du département (FO exceptée), de la CGT à l’Unsa, de la FSU à… la CFDT (représentée par le secrétaire général adjoint de son union départementale, lequel avait pour l’occasion retardé son départ pour le congrès de sa confédération, à Tours). Assurément, du fait de cet arc de forces réunies, c’est à ce jour la plus symbolique des initiatives organisées à partir de l’appel initié par Attac et la Fondation Copernic . Il fallait voir le sourire – et la fierté ! – de mes vieux copains, Jacques Lerichomme, Henri Saint Jean et Jean-Claude Labranche, qui s’étaient dépensés sans compter pour préparer cette initiative, lors du repas qui ponctua cette belle soirée, sur la terrasse d’un restaurant du Vieux-Port… Dire que j’aurai failli rater cet exceptionnel rendez-vous : mon train avait deux heures de retard ! Je reproduis ci-dessous mon intervention devant les participants du meeting.

« Mes Chers Amis, Mes Chers Camarades, c’est toujours un plaisir de se retrouver à Marseille. Surtout pour y participer à une telle manifestation d’unité. Cela fait chaud au cœur, et nous en avons bien besoin, en ce moment, pour relever le double défi d’un enjeu de civilisation et d’un enjeu plus directement politique.

« L’enjeu de civilisation, c’est que le capitalisme vorace, qui a mené la planète au bord du krach et de la catastrophe voici à peine deux ans, entend à présent faire payer sa crise et sa soif illimitée de profits aux peuples d’Europe, en détruisant leurs plus anciennes conquêtes populaires et en ouvrant de nouveaux marchés juteux aux banques, aux sociétés d’assurance et aux fonds de pension. Tout le monde a bien compris, puisque Madame Parisot ne cesse de nous le répéter, qu’il ne s’agit pas d’abord d’éponger des déficits que l’on nous dit abyssaux, mais de liquider la retraite par répartition afin d’imposer un système par capitalisation. Ce dont se réjouissent à l’avance ses amis d’Axa, lesquels sont tout de même arrivés en tête des records des entreprises du Cac 40 pour 2009, avec une hausse de… 290% de leurs bénéfices. Comme quoi, ce n’est pas l’austérité pour tout le monde, surtout pour ceux qui ont provoqué la crise…

« L’enjeu politique, lui, nous renvoie au besoin qu’a Sarkozy de nous infliger une défaite majeure s’il veut espérer gagner en 2012. Notre petit monarque a été désavoué, avec l’ampleur que l’on sait, par le suffrage universel en mars dernier. Tous les sondages en font foi, il est minoritaire, ultraminoritaire même, sur presque chacun de ses projets. Il ne peut conserver quelques chances qu’en nous brisant les reins, à la manière dont Madame Thatcher avait pu demeurer si longuement au pouvoir en infligeant une défaite aux mineurs britanniques. Et, bien sûr, le droit à la retraite est dans son collimateur. Pour tous les gouvernements de droite qui se sont succédé aux affaires depuis Balladur, en 1993, il s’agit en effet, avec la durée du temps de travail, d’un marqueur essentiel de la limite mise à la liberté du capital d’exploiter toujours davantage les travailleurs.

« Voilà pourquoi, à gauche, on n’a pas le droit de transiger avec le droit à la retraite à 60 ans et à taux plein ! Ceux qui, aujourd’hui, se laissent aller à mettre en cause ce qu’ils appellent le « dogme » des 60 ans, offrent à la droite une victoire idéologique sans combat. Ils préparent leur propre défaite, mais surtout ils mènent toute la gauche, sociale et politique, au désastre.

« Pour relever le double défi que j’évoquais à l’instant, il faut, évidemment et avant tout, nous mobiliser massivement, préparer le « tous ensemble », la grève interprofessionnelle qui pourront seuls faire reculer ce gouvernement et lui imposer de renoncer à son offensive scélérate. Mais le mouvement populaire sera d’autant plus fort que nous nous montrerons capables de faire triompher dans la société française une logique radicalement alternative à celle de nos gouvernants.

« Oui, il est possible de garder la retraite à 60 ans et à taux plein, pour le public comme pour le privé. Il faut simplement s’attaquer résolument à la répartition des richesses. La répartition des richesses… C’est la clé de toute avancée sociale… C’est le point nodal de toute sortie de crise au bénéfice du plus grand nombre… La preuve ? C’est le G 20, qui doit se réunir à Toronto à la fin du mois. Vous vous souvenez ? Il y a tout juste un an, ses représentants nous disaient, la main sur le cœur, qu’ils allaient « moraliser le capitalisme ». Et voilà que, ce matin, La Tribune, l’un de ces organes officieux du camp adverse, titre en « une « : « Le G 20 renonce à taxer les banques. » C’est clair, les sacrifices ne s’appliquent qu’à celles et ceux qui n’ont rigoureusement aucune responsabilité dans le déclenchement de la crise !

Voyez-vous, Amis et Camarades, lorsque la part de la valeur ajoutée s’est déplacée en 20 ans de 10 points au bénéfice du capital, ce qui représente la bagatelle de 190 milliards d’euros chaque année… Lorsque le « coupon » des actionnaires, pour reprendre le langage même de la finance, ne cesse d’augmenter, y compris dans les entreprises dont les bénéfices diminuent… Lorsque, pour ne prendre que cet exemple, les exonérations fiscales sur les plus-values réalisées à l’occasion des cessions de titres représentent – à elles seules ! – quelque huit milliards d’euros chaque année… Lorsque les précisions du Conseil d’orientation des retraites quant à l’accroissement prévisible du produit intérieur brut d’ici 2050 prouvent qu’il existe tous les moyens de financer les 115 milliards de besoins de financement annoncés (là encore) par la COR… Il y a toutes les raisons pour que nous reprenions à notre compte une autre des estimations dudit COR, datant de 2001 celle-là : à l’époque, il avait été établi qu’il suffirait de l’augmentation de 0,37 point des cotisations chaque année pour garantir des retraites décentes, et même revenir sur toutes les contre-réformes qui nous ont été imposées en la matière depuis Balladur ! Bien sûr, cela diminuerait substantiellement les dividendes versés aux actionnaires. Cela dit, compte tenu de la manière dont ils se sont goinfrés, il leur en restera suffisamment pour qu’ils ne soient pas sur la paille.

« Oui, vraiment, nous pouvons être majoritaire, sur cette démarche, dans le pays. Oui, cela nous permettrait incontestablement de gagner le référendum qu’il faut mettre au défi notre petit monarque élyséen d’organiser afin que le peuple, composé d’une écrasante majorité de salariés, le battre et faire prévaloir par ce moyen la revendication qu’il exprime dans rue, en défense d’un de ses droits les plus fondamentaux.

« De ce point de vue, la bonne nouvelle, à l’entrée de cette bataille capitale, c’est le rassemblement qui s’organise autour de l’appel d’Attac et de la Fondation Copernic. Des partis, des syndicats, des associations, des militants et des intellectuels, des hommes et des femmes sans appartenance particulière, des jeunes qui se retrouvent tous ensemble pour relever le gant d’un enjeu de société vital, c’est assez inédit pour peser positivement sur notre combat des prochains mois.

Mes Amis, cet appel, la dynamique que l’on sent bien poindre ce soir, dégage le parfum d’un nouveau Front populaire. Ce nouveau Front populaire dont nous aurions aujourd’hui tant besoin pour en finir avec la droite et ouvrir la voie à un changement social radical. Ce Front populaire qui fasse en sorte que la gauche redevienne la gauche en se confrontant sans atermoiements aux logiques capitalistes et libérales dominantes. Ce Front populaire qui puisse redonner espoir à celles et ceux qui veulent se battre. Ce Front populaire qui réunisse largement, autour des revendications du mouvement social, et qui puisse nous mener à la victoire… dans les luttes aujourd’hui et dans les urnes demain. Ce Front populaire qui remettrait au centre de l’action publique le principe établi par la première Constitution républicaine, celle de 1793 : « Le droit à l’existence du plus grand nombre doit passer avant le droit de propriété de quelques-uns. » Tous ensemble, nous pouvons gagner, nous allons gagner !

Depuis ce 7 juin, d’autres réunions se sont déroulées aux quatre coins du pays. Moindre en ampleur et en symbolique, certes, que Marseille, mais porteuse de la même détermination à défendre les 60 ans à taux plein et de la même exigence d’unité. Alors que le gouvernement annonce pour la semaine prochaine ses propositions de contre-réforme, c’est l’évidence même : le mouvement en faveur d’une logique radicalement alternative à celle des gouvernants peut et doit gagner en ampleur !

Christian_Picquet

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