Ce piège de l’ethnicisme qui se referme sur l’Europe…

Un piège, mortel, est en train de se refermer sur notre Vieux Continent. Et aussi, malheureusement, sur une gauche qui semble ne plus savoir comment le déjouer. Plus un jour ne s’écoule, en effet, sans que dirigeants en place, penseurs médiatiques ou technocrates bruxellois supervisant les politiques nationales ne s’emploient à convaincre les opinions que les « migrations » représenteraient le problème – d’aucuns disent la menace – principal auquel il faudrait désormais faire face.

Tout cela accouche d’un ballet idéologique ne laissant plus aux prises que les tenants d’une mondialisation néolibérale prétendant éradiquer les souverainetés populaires en même temps que les frontières pour conférer tous les pouvoirs aux marchés, et les bouches à feu du repli des nations sur elles-mêmes et de l’affrontement de leurs égoïsmes réciproques. Entre deux sommets européens se soldant régulièrement par des échecs, Monsieur Macron martèle que le scrutin de juin 2019 n’opposera ni la droite à la gauche, ni les défenseurs de l’égalité sociale aux chantres de la mise en concurrence des travailleurs entre eux, mais ceux qu’il désigne comme les ”« progressistes »” (dont il se veut la tête de gondole) aux ”« nationalistes »”.

Funeste dialectique, montrant à quel point les maîtres à penser du ”« nouveau monde »” n’ont rien retenu du passé : à vouloir instrumentaliser le débat politique en investissant cyniquement le terrain qu’ont déjà longuement labouré des formations se voulant en guerre contre la ”« submersion »” migratoire dont l’Occident se trouverait prétendument menacé, ils concourent au crédit de ces dernières. Outre-Rhin, la campagne électorale de Bavière nous en fournit la plus récente indication, la droite conservatrice risquant de se voir sévèrement bousculée par l’Alternative für Deutschland bien qu’elle reprît nombre des postures discriminatoires de celle-ci, et la gauche étant quant à elle menacée d’un énième recul d’importance. Désormais, à l’image de la France, l’Allemagne comme l’Italie, la Suède autant que le Danemark, les Pays-Bas à l’instar de la Hongrie, de la Pologne ou de la République tchèque, sans parler de la Slovénie, voient se lever la vague que certains ont cru astucieux de qualifier de ”« populiste »”.

À l’occasion de la dernière Fête de ”L’Humanité”, j’ai animé un important débat sur ce thème, sur le stand de la fédération communiste de Meurthe-et-Moselle, en compagnie de Gianluca Schiavon, dirigeant de Rifondazione Comunista en Italie. Cette note s’en inspire largement…

DÉSIGNER L’ADVERSAIRE PAR SON NOM…

Avant toute chose, il me faut une fois encore récuser l’usage que l’on fait du terme ”« populisme »” d’un bout à l’autre de l’échiquier politique et intellectuel. J’avais déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet dans un article de ”Cause commune” (voir mon ”post” du 15 juin dernier). On ne doit, en effet, jamais oublier que le combat politique commence par la conquête des consciences et que celle-ci se traduit d’abord dans les mots. En l’occurrence, qualifier de ”« populiste »” quiconque se présente en adversaire du « système » ne peut convenir qu’aux courants qui se rejoignent, en dépit de leurs antagonismes surjoués, dans la volonté d’édulcorer le débat démocratique et d’en évacuer la question sociale : d’un côté, les tenants de la pensée unique dominante, qui englobent sous l’accusation de démagogie tous ceux qui osent se revendiquer du peuple et de ses intérêts ; de l’autre, la galaxie des aventuriers réactionnaires surgissant dans toute l’Europe et au-delà, pour laquelle se réclamer du ”« populisme »” permet à bon compte d’acquérir l’image flatteuse de porte-parole de « ceux d’en bas ».

Osons, enfin, regarder les choses en face. Sans doute, le moment ne ressemble-t-il pas à l’entre-deux guerres, qui voyait monter un peu partout des fascismes asseyant leur conquête du pouvoir sur la terreur de leurs bandes armées, la destruction du mouvement ouvrier comme des organisations démocratiques, l’instauration de régimes totalitaires professant un racialisme aux intentions exterminatrices. Naturellement, les traits communs des formations qui en arrivent, jusque de l’autre côté des Alpes, à s’emparer des leviers de commande (ce mélange de discours « antisystème » évitant soigneusement de mettre en cause le capitalisme, d’exaltation d’un peuple essentialisé se voyant opposé aux ”« élites »”, de recours à une démagogie des plus grossières et à l’ambiguïté savamment travaillée, d’autoritarisme dans leur gestion des affaires, de recours à des partis de supporters vouant un culte sans limites à des chefs usant sans vergogne des pires techniques plébiscitaires) ont-ils vocation à entretenir toutes les confusions, d’autant que l’objectif proclamé est de transgresser le clivage entre droite et gauche.

Pour autant, le ”« populisme »” d’aujourd’hui, aussi fustigé par les uns que revendiqué par les autres, n’est rien d’autre que la nouvelle apparence de l’extrême droite de toujours. S’il emprunte des formes diverses d’un pays à l’autre, au point de freiner l’entente de ses composantes par-delà les frontières, c’est qu’il s’inscrit dans des histoires nationales particulières. Partout, il ne s’en caractérise pas moins par la désignation obsessionnelle de l’étranger comme le responsable de tous les maux supportés par les populations, par la reconstruction d’identités imaginaires au nom du retour des frontières et de la renaissance du ”« patriotisme »”, par une haine sourde de toute forme d’universalisme camouflée en dénonciation de l’Europe technocratisée actuelle, par le rejet des organisations traditionnelles masquant à peine une sourde défiance envers le pluralisme des opinions, par la tentation d’instaurer des « pouvoirs forts ». Bref, nous avons affaire à un mouvement général d’affirmation d’un ethnocentrisme autoritaire, encourageant la montée de l’intolérance autant que le repli sur des communautés fantasmées, et créant des dynamiques propices à l’épanouissement de néofascismes authentiques n’hésitant pas à passer aux actes chaque fois qu’ils le peuvent (à l’instar des toutes récentes manifestations anti-migrants de Chemnitz, ville d’Allemagne qui avait été le haut lieu des parades hitlériennes en d’autres temps, où étrangers présumés et commerçants juifs ont été les cibles de groupes nostalgiques du III° Reich).

LA DOUBLE CRISE RAVAGEUSE

Le phénomène s’avère d’autant plus dangereux qu’il plonge ses racines dans la crise majeure qu’affronte la globalisation marchande et financière depuis les krachs de 1997-1999 et, surtout, de 2007-2009. J’ai, pour ce qui me concerne, qualifié en d’autres publications ce moment comme celui du retournement du cycle du néolibéralisme triomphant. Il se traduit, tout à la fois, par une situation chaque jour plus erratique de l’économie mondiale, par la délégitimation de l’idéologie prônant la dérégulation et le libre-échangisme à tout-va, par la conscience grandissante des peuples des injustices insupportables engendrées par le nouvel âge du capitalisme, par la révolte nécessairement suscitée par des marchés s’appropriant la souveraineté auparavant dévolue aux citoyens. Ce qui se traduit, dans des configurations différentes, par l’ébranlement des formules gouvernementales et le délitement des structures partisanes assurant depuis des lustres la stabilité intérieure des États. Ce qui entraîne également la lente mais inexorable désagrégation de la construction capitaliste de l’Europe, telle qu’on la connaissait depuis le Traité de Rome.

Hélas, ce dérèglement généralisé de l’ordre planétaire survient alors que, de leur côté, gauches et mouvements ouvriers affrontent une panne historique de perspectives, percutés qu’ils se trouvent par la crise des projets qui les avaient fort longtemps structurés, le ralliement d’une partie d’entre eux aux dogmes néolibéraux, les trop nombreuses défaites subies devant les offensives du capital. Leur affaiblissement les empêche désormais de polariser les confrontations politiques et sociales. De ce fait, l’essor des flux migratoires provoqué par les convulsions d’une mondialisation sauvage devient le catalyseur de colères et de frustrations qui ne trouvent plus d’expressions progressistes crédibles. Et cela devient la force des ethnicismes autoritaires que de savoir brouiller les enjeux de classe, dévoyer les sentiments d’injustice et récupérer l’aspiration des peuples à la maitrise de leurs existences, au moyen de slogans aussi simplificateurs qu’efficaces, du type ”« On est chez nous ! »” ou ”« Nous sommes le peuple ! »”

Parce que la coïncidence de la crise du capitalisme hyperfinanciarisé de ce XXI° siècle débutant et de la désorientation affectant les forces de progrès représente une tendance lourde, elle ne pouvait manquer d’entraîner des retombées ravageuses sur notre camp social et politique. Selon un scénario qui n’est pas sans similitudes avec les années 1930, on assiste donc, de la part de personnalités ou courants que l’on avait pris l’habitude de côtoyer dans les batailles pour la reconstruction de gauches réellement transformatrices, à des dérapages qui peuvent mener loin, très loin des traditions démocratiques et universalistes portées par le mouvement ouvrier depuis ses origines.

L’IMPASSE DU « POPULISME DE GAUCHE »

En Allemagne, c’est une Sarah Wagenknecht, ultraminoritaire au sein de Die Linke bien qu’elle possédât une forte audience médiatique, qui en arrive, pour regagner l’électorat populaire se tournant désormais sur l’extrême droite, à opposer les besoins insatisfaits de ses compatriotes aux dépenses que l’État consacre à l’accueil des réfugiés. Ici, c’est le responsable aux questions internationales de la « France insoumise » qui emprunte le même chemin, pour fustiger (avant d’être heureusement désavoué par Jean-Luc Mélenchon) ce qu’il nomme ”« la bonne conscience de gauche »” qui empêcherait son mouvement de ”« réfléchir concrètement à la façon de ralentir voire d’assécher les flux migratoires »”. Et il m’arrive de plus en plus fréquemment de tomber sur la prose de figures intellectuelles, probablement emportées par un isolement propice à la divagation, qui se mettent à ironiser (pour ne citer que l’un des textes circulant dans cette mouvance) sur ”« la dénonciation des ‘’fachos’’ ou du fascisme pour parler pêle-mêle des gouvernements hongrois, italien, polonais, de l’AfD en Allemagne, des ‘’Démocrates’’ de Suède, le FPÖ autrichien, ou encore les gouvernements tchèque, slovaque ou croate, sans omettre chez nous Marine Le Pen et le FN »”.

Chacun en conviendra, il y a de quoi rester interloqué devant pareilles tentatives d’atténuer la caractérisation de forces défendant des visées détestables. C’est cependant la venue à leur rescousse de certains « experts » des évolutions de l’opinion qui doit nous alerter. Jérôme Sainte-Marie, le fondateur de Polling Vox, va par exemple au bout du débat stratégique engagé et se transforme en conseiller de la « FI » pour lui suggérer, alors que ”« l’opinion des Français se radicalise” (…) ”notamment sur la question migratoire »”, de ne pas chercher à ”« prendre la tête d’une gauche affaiblie »” pour savoir mieux ”« profiter de la vague populiste qui traverse le continent »” (”Le Figaro”, 18 septembre 2018). Une analyse qui a, au moins, le mérite de nous confirmer que le ”« populisme de gauche »” relève de l’oxymore dangereux, et que l’heure est à la clarification des positionnements des uns et des autres : soit on se place clairement du côté de celles et ceux qui entendent faire émerger une alternative sociale au libéral-capitalisme, donc on se place sans réserve à gauche ; soit on s’efforce, à des fins banalement électoralistes, de disputer à nos pires adversaires leurs thèmes de prédilection, et ce sera inévitablement la visée d’émancipation humaine qui en paiera le prix.

Que l’on m’entende bien. Nul ne saurait ignorer à quel point l’afflux de centaines de milliers de réfugiés peut venir percuter les équilibres des sociétés qui les reçoivent (et qui, d’ailleurs, on ne doit jamais manquer de le rappeler, se situent moins en Europe qu’au Sud, en Turquie, au Liban, en Iran, au Pakistan ou en Jordanie). Nul ne peut au surplus contester que le patronat n’hésite pas à utiliser cyniquement l’essor des flux migratoires, que le pillage des ressources et la mise en coupe réglée des pays dominés provoquent, pour pousser les feux du dumping social et exercer une pression à la baisse sur les droits des travailleurs (il faut bien de la naïveté à certains pour se féliciter que l’OCDE recommande de valoriser les qualifications des migrants, et qu’elle souligne que certains d’entre eux possèdent un niveau de formation supérieur à la moyenne de leurs compatriotes).

Reste que nul ne doit pour autant, une fois ces constats opérés, ignorer la terrible réalité d’une humanité filant à grande vitesse vers la barbarie. Les conflits meurtriers qui, tels ceux qui ravagent la Syrie ou la Libye, le Yémen ou l’Érythrée, entraînent de gigantesques déplacements de populations… Les régimes dictatoriaux qui pourchassent leurs opposants, massacrent parfois leurs minorités, démantèlent les protections sociales pour appliquer des politiques libérales ”« d’ajustement structurel »”, livrent leurs richesses à la convoitise des firmes transnationales, consentent dans ce cadre à la destruction de leurs écosystèmes… La pauvreté extrême qui, comme l’établit le rapport de la Banque mondiale publié le 19 septembre, se concentre dorénavant en Afrique subsaharienne (plus de la moitié de celles et ceux qui y vivent ne disposent que de 1,90 dollar par jour, soit 413,3 millions d’individus sur un total de 736 millions de pauvres recensés sur le globe)… Le changement climatique, dont l’ONU estime qu’il engendrera 250 millions de réfugiés à l’horizon de 2050 (certaines ONG parlant, elles, d’un milliard de personnes possiblement impliquées)…

DÉFENDRE UNE AUTRE VISION DE L’ORDRE INTERNATIONAL

Lorsqu’on est de gauche, c’est-à-dire lorsqu’on s’emploie à convaincre ses concitoyens qu’il importe de donner la priorité à l’intérêt général humain contre toutes les formes de prédations, on ne doit rien consentir à la stigmatisation de l’Autre et à la division des exploités entre eux. Il importe, au contraire, de rassembler le plus largement autour d’une autre politique et d’une autre approche de l’ordre international.

S’agissant des réfugiés, qui parviennent au péril de leurs vies sur les côtes européennes, il convient en premier lieu de démontrer que la transformation de notre continent en forteresse murée dans l’indifférence au malheur d’autrui ne résoudra rien, et même qu’elle finira par y épuiser les valeurs de la démocratie. Le principe d’un accueil digne d’hommes et de femmes qui ne sont nullement des ”« envahisseurs »” mais plutôt des déracinés, et la recherche concomitante de leur meilleure insertion possible, ne doivent par conséquent souffrir d’aucune restriction.

Ce principe ne peut ni faire l’objet de marchandes sordides entre gouvernements – à l’image des manœuvres auxquelles nous venons d’assister à propos de ”l’Aquarius” et de ses passagers sauvés ”in extremis” de la mort –, ni s’appliquer en fonction de considérations propres à chacun des pays accueillants. La mutualisation, à l’échelle de l’Union européenne, des moyens (y compris financiers) de la réception et de l’installation des réfugiés, conjuguée à l’abrogation des dispositifs absurdes mis en place au fil des ans – à commencer par celui de Dublin, qui consiste à renvoyer les déboutés du droit d’asile dans les pays qui les ont initialement enregistrés –, est l’unique démarche susceptible d’apaiser les tensions dont se nourrissent les aventuriers de l’ethnicisme.

De même, seule une politique audacieuse de soutien aux pays dont sont issus les exilés – en matière de développement économique, de projets créateurs d’emplois dans l’agriculture comme dans la transformation des richesses du sous-sol, de lutte contre la pollution et la déforestation, etc. –, permettrait-elle de traiter à la racine des déséquilibres à l’origine des immenses mouvements en cours. Doit-on, ici, rappeler aux dirigeants européens qu’il leur serait, ”a minima”, possible d’emboîter le pas à leurs homologues chinois, qui viennent d’octroyer 65 milliards de prêts sans intérêts aux pays africains et d’annuler partiellement la dette des plus nécessiteux d’entre eux ?

Dans la foulée, une diplomatie résolument orientée vers la paix et la recherche de transitions démocratiques serait de nature à réintroduire de la stabilité et de la concorde dans un Proche et un Moyen-Orient déchirés depuis des lustres. Les belles envolées de notre président de la République, le 25 septembre, à la tribune des Nations unies, contre l’unilatéralisme belliqueux et les régressions nationalistes, prendraient une tout autre portée si la France, comme elle en a les moyens, proposait demain la tenue (et si elle s’efforçait d’en créer concrètement les conditions) d’une conférence internationale réunissant, sous l’égide de l’ONU, tous les gouvernements et forces démocratiques concernés par les conflits en cours, ainsi que les puissances qui y sont impliquées.

Parlons sans détours. Nous savons que la question des migrants se retrouvera au cœur de la campagne, d’ores et déjà engagée, des élections européennes. Pour qu’elle n’en arrive pas à écraser l’ensemble du débat politique, et plus encore pour conjurer la menace d’un Parlement européen dominé par l’extrême droite (ou, à tout le moins, marqué par sa très forte progression), une voix puissante doit se faire entendre pour rappeler ce qui constitue l’urgence du moment : le changement radical de cap à même d’empêcher la crise ouverte de l’UE de verser dans une terrible involution réactionnaire.

Pour le dire autrement, à l’inverse des manipulations auxquelles s’exerce la Macronie pour apparaître à la tête de l’opposition à l’extrême droite, si la construction de l’Europe est indispensable aux yeux de quiconque veut affronter efficacement le tourbillon provoqué par la globalisation capitaliste, elle ne doit plus être le cheval de Troie des marchés et des profiteurs. Il lui faut devenir un vecteur de progrès social, de rupture avec une austérité mortifère, de lutte contre le dumping social et fiscal, d’harmonisation par le haut des droits des peuples et des travailleurs, de réorientation de l’argent vers la création d’emplois et le développement des services publics, de restauration des souverainetés nationales et citoyennes, d’avancées dans la voie de la transition écologique nécessaire à l’humanité, de construction de relations d’égalité et de fraternité entre les peuples. Mon camarade Ian Brossat, désigné comme le chef de file des communistes pour cette échéance essentielle, formule de premières propositions en ce sens, propositions à partir desquelles il veut unir les énergies disponibles. C’est pour l’heure, dans la gauche française, le seul à tenter de dessiner cette cohérence…

Christian_Picquet

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