En hommage à Annick Monot

Annick Monot nous a quittés le 10 juillet dernier, à la suite d’un stupide accident à son domicile. Âgée de 68 ans, elle avait rejoint dès le lycée le courant qui devait donner successivement naissance à la Ligue communiste puis à la Ligue communiste révolutionnaire. Son parcours professionnel l’avait menée du secteur hospitalier, où elle s’était illustrée dans le syndicalisme, au secteur libéral où elle avait fini par exercer son activité de psychologue clinicienne à Pont-Scoff, près de Lanester. Au plan politique, notre rencontre remontait à l’engagement qui nous fut si longtemps commun dans les rangs de la LCR. Elle et moi, nous combattions contre les repliements sectaires et gauchistes qui devaient conduire ce courant à sa liquidation dans le Nouveau Parti anticapitaliste. Des diverses tendances attachées à l’ouverture d’une perspective transformatrice aux côtés d’autres forces politiques, jusqu’au « courant unitaire » de la Ligue et à la Gauche unitaire, dont elle fut l’une des fondatrices en 2009 et au conseil national de laquelle elle appartenait, nous ne nous étions jamais quittés. Attachée à sa terre bretonne, Annick était aussi passionnée par la question irlandaise, passion qu’elle partageait avec son compagnon Steve. Absent de France au moment de ses obsèques, le 20 juillet, au funérarium de Kerlétu à Lorient, j’ai adressé le message ci-dessous à ses enfants, à son compagnon, à ses amis et aux participants. J’y exprimais le chagrin qu’avec beaucoup d’autres, j’ai ressenti à l’annonce de cette disparition. C’est bien plus qu’une amie qui s’en est allée au coeur de cet été.

« Mesdames et Messieurs,

« Chers et Chères Ami.e.s,

« Chers et Chères Camarades,

« C’est avec une immense regret que, actuellement hors de France, je ne peux être parmi vous aujourd’hui.

« Annick était pour moi bien plus qu’une camarade, plus qu’une amie même. 

« Je la considérais, même si je ne le lui ai jamais dit aussi franchement, comme une soeur. 

« Soeur de combat et soeur de génération puisque, elle comme moi, avions commencé dès le lycée notre parcours militant dans ces années tumultueuses qui poursuivirent le soulèvement de Mai 68. 

« Nous ne nous étions jamais quittés, de la Ligue communiste jusqu’à la Gauche unitaire du début des années 2000.

« Combien de fois suis-je venu dans cette Bretagne qui lui était si chère, en Ille-et-Vilaine et à Rennes, mais aussi dans le Finistère et à Brest, où je me rendais régulièrement pour rencontrer les militantes et militants de la LCR, ce dont j’étais chargé par le bureau politique de cette dernière ?

« Et combien de fois me suis-je rendu sur cette terre morbihanaise, où Annick m’accueillait avec sa chaleur inoubliable pour tenir des réunions ou des meetings, qui immanquablement se terminaient fort tard dans la nuit chez elle, avant qu’elle ne me reconduise aux aurores à la gare. Nous reprenions, dans la voiture, nos échanges de la veille là où nous les avions laissés, alors que nous ne nous étions accordés qu’une poignée d’heures de sommeil.

« Beaucoup j’imagine, se souviennent encore de ces moments toujours fraternels mais aussi toujours baignés par la politique, qui était la passion d’Annick comme elle est encore la mienne et celle de tant d’autres qui n’ont rien abdiqué de leur passion de jeunesse pour faire émerger un monde libéré de toute aliénation.

« Jusque ces derniers mois, même si elle n’avait accompagné que de loin le choix des militantes et militants de la Gauche unitaire de poursuivre la bataille de l’émancipation humaine en regroupant leurs forces avec celles du Parti communiste français, elle continuait d’être animée par les mêmes révoltes devant les privilèges de la naissance et de la fortune, les mêmes inquiétudes aussi devant le devenir incertain de la gauche.

« Il y a seulement quelques jours, elle m’avait appelé pour parler de cette question et des impasses dans lesquelles elle redoutait que notre camp s’embourbe. 

« Nous avions convenu d’en parler plus longuement, très vite. La vie en a décidé autrement.

« C’est aussi pour cela que j’ai ressenti aussi durement l’annonce de sa disparition. 

« Chère Annick,

« En nous quittant, tu m’as anéanti, tu nous as anéantis.

« J’espérais que nous allions avoir vite un nouveau moment de convivialité et d’échanges qui, j’en suis certain, nous enrichissaient autant l’un que l’autre.

« Tu resteras dans notre mémoire, dans ma mémoire, comme l’un des plus merveilleux symboles de ce que notre génération a produit de meilleur.

« La gauche, le mouvement ouvrier de ce département perdent l’une de leurs plus belles figures.

« Ta modestie t’a toujours empêchée de revendiquer les places d’honneur. Et pourtant ! La cause de celles et ceux qui ne vivent que de leur travail te doit beaucoup.

« Tu étais, pour moi et pour beaucoup d’autres, de cette grande chaîne humaine à laquelle il revient, à l’âge de raison largement dépassé, de transmettre une mémoire des engagements ayant jalonné ces presque six décennies, une histoire que nous nous devons de partager avec les nouvelles générations, un patrimoine d’analyses et de réflexions sans lequel l’histoire se condamne toujours à la réédition des tragédies.

« Nous continuerons, Belle Amie. 

« Tu nous inspireras jusqu’au bout, car tu n’as jamais voulu quitter la tranchée où se livre, parfois si durement, la grande bataille du droit à l’existence, si hautement proclamé en son temps par Robespierre.

« À ta fille Maud, à ton fils Eoghan, à ton compagnon Steve, à tes amis et camarades, je veux dire toute mon affection et partager leur douleur.

« Et à toi, Annick, comme tu me connaissais un peu, tu sais que dans la tradition qui est la mienne, on dit en de telles circonstances : « À la vie ! »

« Alors, à la vie Annick !

« Salut et, surtout, merci… » 

Christian_Picquet

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