Ses voeux, les nôtres…
Il ne suffit pas de se réapproprier le bureau de François Mitterrand, ni d’acquérir comme ce dernier un labrador, pour retrouver le soutien du peuple de gauche qui permit à son lointain prédécesseur de remporter deux élections présidentielles… Aussi, François Hollande peut-il bien, ce 31 décembre, avoir changé le décor de sa traditionnelle allocution de fin d’année, il n’aura répondu à aucune des attentes de citoyens qui ne cessent de manifester qu’ils font une overdose d’austérité, de destruction de leurs droits collectifs, de déréglementation de l’économie.
Au fond, le discours présidentiel n’aura été que le triste plaidoyer en faveur d’une politique qui, en deux ans et demi, se sera révélée incapable de faire refluer le chômage et d’arrêter les licenciements boursiers, de sortir la France d’une spirale récessive et de la désindustrialisation, de lutter contre des inégalités grandissantes et de réorienter une Europe ravagée par le néolibéralisme. Et l’exaltation de la future loi Macron, censée donner ”« un coup de jeune »” au pays, pour reprendre les termes de l’hôte de l’Élysée, aura finalement tout dit de cette première moitié calamiteuse du quinquennat : ayant renié tous ses engagements de 2012, l’action de l’exécutif n’a plus rien à voir avec le progrès social, qui identifie depuis toujours l’ambition de la gauche.
Pour le reste, le chef de l’État nous aura gratifiés d’une longue énumération de promesses toutes plus vides les unes que les autres. Ainsi aura-t-il affirmé vouloir en finir avec le découragement et le dénigrement hexagonal. Sauf que ce sont les partisans de ses choix libéraux qui excellent dans la dénonciation d’un pays prétendument inapte à la ”« réforme »” et, plus encore, que c’est sa propre soumission à la loi des marchés comme aux exigences de la Commission de Bruxelles ou de Madame Merkel qui lui interdit d’afficher la moindre vision du rôle et de l’avenir de la France, dans un monde en proie aux régressions, au chaos et aux guerres. De même, à l’approche de la conférence sur le climat de décembre prochain à Paris, s’affiche-t-il en combattant de la ”« transition énergétique »”. Encore faudrait-il, pour que ces mots prennent un sens dans sa bouche, que son gouvernement consente à affronter les lobbies et les multinationales qui polluent aussi naturellement qu’ils poursuivent une quête inépuisable de profits juteux.
En résumé, entre mots convenus, autisme envers les besoins populaires, refus de prendre en compte l’échec de ses orientations, François Hollande n’aura répondu qu’à la cupidité des actionnaires du CAC 40 et des vautours de la finance. Libre à lui de croire (ou de faire comme si…) qu’il pourrait en tirer un bénéfice personnel, en 2017, à la faveur d’une configuration où la désagrégation idéologique de la droite conjuguée à l’inexorable poussée du Front national lui vaudraient le soudain ralliement de celles et ceux qu’il a abandonnés depuis son entrée en fonctions. Nous savons nous, à l’inverse, que la séquence politique en cours risque plutôt de se traduire par des déroutes électorales qui achèveront cette année, lors des départementales de mars puis des régionales de l’automne, de déchirer le tissu d’implantation locale qui fit si longtemps la force de notre camp. Préfigurant la terrible débâcle historique à laquelle ces gouvernants irresponsables pourraient bien nous amener…
Pour cette raison, la gauche, y compris dans sa composante socialiste de plus en plus défiante envers les orientations néfastes déployées au sommet de l’État, se doit de former d’autres vœux. La renaissance possible d’un espoir du côté de la Grèce, avec la victoire de Syriza qui semble se dessiner à l’horizon des législatives du 25 janvier, résonne comme un appel à son rassemblement. Rassemblement, non dans le soutien à une action présidentielle tournant le dos à tous les principes fondateurs du combat pour l’égalité et la justice, mais au contraire pour mettre en échec la politique défendue au soir du dernier jour de 2014. Et pour ouvrir enfin, ce faisant, un nouveau chemin à notre pays.
Je vous souhaite à toutes et tous une belle année, pleine de succès et de bonheur pour chacun, mais aussi d’espoir retrouvé et de batailles victorieuses…































